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Débat sur la situation et l’avenir de la Poste

IMGL9668
Débat sur la situation et l’avenir de la Poste

Intervention de Jean Desessard, Président du groupe écologiste

6 Minutes
Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes chers collègues,
Je remercie vivement mes collègues du groupe CRC d’avoir inscrit ce débat sur la situation et l’avenir de la Poste à notre ordre du jour.
Que nous représentions des territoires urbains ou des territoires ruraux, ce sujet nous concerne tous. Avec des conséquences différentes, toutes nos circonscriptions connaissent des fermetures de bureaux de Poste. De Paris au Maine-et-Loire, en passant par le Val-de-Marne, aucun territoire ne fait exception.
Le mouvement auquel on assiste suscite l’inquiétude des écologistes, et ce, à double titre. D’une part, pour l’avenir de la mission du service public postal et d’autre part pour le devenir des agents qui la mettent en œuvre.
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Les écologistes souscrivent au principe de mutabilité du service public, autrement dit, au principe selon lequel le service postal doit s’adapter aux évolutions technologiques et aux besoins de la société. La diminution croissante de courriers papiers, d’un côté, et, d’un autre côté, l’augmentation du nombre de commandes sur internet sont, naturellement, des réalités que nous avons à l’esprit. Pourtant, si nous comprenons la mise en place d’alternatives comme le regroupement de différents services publics au sein de dispositifs comme les Maisons de service public, nous sommes plus sceptiques quant à l’installation de points relais dans certains commerces. En effet, cette proposition est insatisfaisante : quid de la nécessaire confidentialité qui entoure le service public postal ? Quid de la confusion entre lieu de consommation et lieu d’exercice d’une mission de service public ? On peut, en outre, imaginer d’autre levier de développement via de nouvelles offres. Ainsi, a été mis en place le service « Veiller sur mes parents » : les facteurs sont chargés de rendre des visites régulières aux personnes âgées qui en font la demande, favorisant ainsi leur maintien à domicile.
Pourtant, nous constatons que, la tendance actuelle impulsée par le Conseil d’administration de la Poste est à la fermeture systématique des bureaux de Poste non rentables. J’y vois là une contradiction avec les importants abattements fiscaux dont bénéficie la Poste pour assurer une présence sur l’ensemble de notre territoire.
Cette démarche, l’Etat comptant parmi les actionnaires majoritaires de la Poste, doit en être le garant.
Vous l’aurez compris, si nous considérons que le service public postal doit évoluer, cette évolution ne doit pas être synonyme de son démantèlement progressif. Surtout, elle ne doit pas être guidée par les seuls objectifs de rentabilité et de réduction des dépenses publiques.
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Les fermetures de bureaux de Poste ont également des conséquences pour les agents en charge de ce service public. Ils impliquent des suppressions d’emplois : on assiste au non-remplacement de 20 000 départs alors que la Poste a bénéficié de plus de 900 millions d’euros de baisses d’impôts avec le CICE… Ces chiffres sont difficilement compréhensibles…
Ces départs entrainent des désorganisations, à l’origine de mal-être, de souffrance, d’incertitude pour l’avenir, de surcharge de travail… De préoccupante, la situation des personnels de la Poste est devenue alarmante : ce sont ainsi 9 facteurs se sont suicidés ces trois dernières années et 5 qui ont tenté de mettre fin à leurs jours sur leur lieu de travail, et le taux d’absentéisme est très élevé. Les experts du Comité d’hygiène et de sécurité de la Poste se disent clairement préoccupés. Le climat social apparaît délétère. La santé, la sécurité et le bien-être des travailleurs ne doivent, en aucun cas s’agissant du service public, constituer une variable d’ajustement pour répondre à une logique de rentabilité.
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Au-delà du cas de la Poste, ce débat est l’opportunité de rappeler l’attachement des écologistes aux services publics. Nous ne devons jamais oublier qu’ils étaient au cœur du programme du Conseil National de la Résistance et qu’ils poursuivaient l’objectif de lutter contre la misère et les inégalités. Ces mots ont une résonnance particulière dans le contexte actuel où la crise économique structurelle ne cesse de creuser les inégalités. Cette réalité, adjointe à celle d’une société de plus en plus fracturée, doit nous alarmer.
Les services publics sont le patrimoine de ceux qui n’en ont pas et doivent impérativement perdurer dans nos territoires victimes de la désertification humaine et économique.
La droite a ouvert une large brèche en 2010 lorsqu’elle a transformé la Poste en Société Anonyme. Ces dernières années, nous constatons que la situation a empiré et nous nous posons la question : quelle est la prochaine étape de la logique de rentabilité actuellement à l’œuvre ? La privatisation ?
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Vous l’aurez compris la situation actuelle de la Poste inquiète le groupe écologiste à de multiples points de vue. Ces questions méritent l’ouverture d’Etats généraux du service postal, réunissant rapidement toutes les parties prenantes, afin de définir concrètement les contours et les moyens concédés à ce service public.
Je vous remercie,
Bureau de Jean Desessard, Président du groupe écologiste (E. Bouchaud, F. Duquesne)08/12/2016